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Article de Guy SORMAN
 
Guy SORMAN
Favoriser l'éducation en Inde, et se laisser éduquer par l'Inde.
par Guy Sorman

Pourquoi l'Inde maintenant ? Quelle est son actualité puisqu'il ne suffit pas à Paris , que le sujet soit éternel : il convient au surplus d'être à la mode ? L'actualité de l'Inde est à mon sens impérieuse, dictée par l'aube du XXIème siècle. Il est clair que l'Occident a vaincu la matière , qu'il a remporté la course à la puissance. Il est tout aussi évident qu'au creux de cette béatitude matérielle l'on ressent comme un manque , une absence qui n'a pas de nom : le désenchantement peut-être. Il me paraît aussi que nous ne trouvons pas en nous malgré les prouesses de nos théologiens, de nos saltimbanques, et de nos philosophes, les ressources nécessaires à un réenchantement. L'Inde comme une alternative , est donc là, immuable, avec son patrimoine de mystères et sa prétendue sagesse. Prétendue , parce que les Indiens ne sont guère plus sages ou déraisonnables que ne le sont les occidentaux, mais ils le sont différemment. Une de ces différences de civilisation, celle qui d'abord frappe nos esprits occidentaux procède de l'organisation de la société indienne en castes.
Au moment où j'écris le président de la République indienne se trouve être issu d'une caste d'intouchables. Il n'y aurait donc plus de castes, ni de parias en Inde ?

Au long des routes chacun peut néanmoins observer des foules de casseurs de cailloux qui taillent de grosses pierres en de plus petites dans l'espoir de rendre ces chemins vaguement praticables ; au terme de leur rude journée sous le soleil ou la pluie, hommes et femmes , jeunes ou vieux gagneront tout juste la poignée de roupies nécessaires pour survivre jusqu'au lendemain. Tous , sans exception appartiennent à des castes d'intouchables. C'est donc que l'on reste paria en Inde ! Convient-il de regarder vers le haut , le président , et de se réjouir des progrès de l'égalité du pays des castes , ou bien de regarder vers le bas , les cantonniers pour constater que le chef de l'Etat est une exception , voire un alibi , dans une société qui ne change pas ?Chacun en Inde ou au dehors , adoptera l'attitude qui conviendra le plus exactement à ce qu'il souhaite démontrer , puisque les deux regard sont possibles et aussi vrais l'un que l'autre.

Quoiqu'il en soit s'il est un moyen de rendre à chacun sa dignité tout en contribuant au développement économique global c'est par la réalisation de micro-projets intégrés au campagnes qu'il sera trouvé. Ce type de projet permettra de tarir le flot de l'exode rural, résolvant ainsi le problème grandissant de la violence et des épidémies dans les " slums ".

En l'an 2000 , 60 millions d'Indiens vivent dans des bidonvilles. Afin que l'Inde ne devienne pas toute entière un gigantesque bidonville, les villageois doivent être assurés qu'en restant chez eux , ils trouveront plus de bien-être matériel que dans l'exil et qu'ils bénéficieront d'une plus grande considération sociale qu'en ville : le statut reste , en Inde, aussi déterminant que le revenu économique. L'expérience montre que les parias deviennent moins intouchables à partir du moment où ils s'enrichissent ; toute distinction de caste n'est pas effacée par le progrès des revenus, mais la relation hiérarchique entre les castes s'atténue plus efficacement grâce au marché qu'à travers les luttes politiques ou les proclamations anti-discriminatoires .

Les initiatives individuelles des Indiens doivent être encouragées, leur esprit d'entreprise doit être soutenu et développé. A cet égard l'aide bénévole de ceux qui détiennent le savoir ( organisations humanitaires, institutions internationales ) est requise afin d'amorcer une action économique de terrain. Le DACA (Doctor Ambedkar Cultural Academy) en tant qu'il s'inscrit parfaitement dans ce type de démarche (éducation, formation continue pour adultes, micro-crédits, aide à la création d'entreprises locales…etc) accomplit la meilleure des formes " d'ingérence en amont " : celle qui restaure l'homme dans sa dignité . La dignité d'un individu se conquiert par l'éducation ,et par la confiance qui lui est faite en l'encourageant à entreprendre des actions de développement dans son propre village, au milieu des siens et de sa communauté.

Mais il ne s'agit pas seulement d'apporter son aide, l'enjeu est également de se laisser éduquer par l'Inde , et à son contact tenter de réenchanter l'Occident. J'invite donc à regarder vers cet Orient , ainsi que les Européens le firent jadis. Non pas pour se déguiser en orientaux ni pour mimer n'importe quels pratique ou culte exotiques. Ici , il n'est pas question de tourisme culturel ou spirituel . On invite seulement-ce qui est déjà beaucoup- à chercher en Orient- et à reconnaître qu'il existe- mille manières dont nous avons perdu le souvenir ou que nous n'avons jamais pratiqué, d'être des frères humains. Ainsi, il serait permis d'être tolérant dans une acception mille fois plus extensive et généreuse que ce que nous appelons en Europe aujourd'hui la tolérance. Tolérer ne reviendrait pas seulement à " supporter " l'autre ; au sens où nous pourrions l'entendre à l'avenir , la véritable tolérance exigeant de reconnaître que l'autre détient ou incarne une vérité aussi forte que la nôtre.

Guy Sorman vient faire paraître chez Fayard : Le génie de l'Inde, dont il s'est directement inspiré pour écrire cet article .

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