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Témoignage d'un tamoul: Alphonse MANICKAM
 
Alphonse MANICKAM

 

1. Qu'est ce que le D.A.C.A. ? Quel intérêt portes-tu à ce projet ?

"D.A.C.A., Doctor Ambedkar Cultural Academy. Le D.A.C.A. est situé dans un centre rural, à 10 km environ au sud de Madurai. Madurai est une ville très importante dans le pays Tamoul. Cet institut du D.A.C.A. est une initiative du Père Antony Raj, jésuite, qui est lui-même un dalit. Le D.A.C.A. est un des premiers centre de formation pour les dalits. C'est un centre qui propose une formation globale aussi bien dans le domaine de l'éducation, que de la vie sociale ou de l'informatique etc.. Ce centre offre un accès à l'éducation pour tous les dalits des villages ruraux en pays Tamoul.
La construction du centre a commencé il y a deux ans. L'ouverture du D.A.C.A. est la réalisation d'un grand rêve pour le Père Antony Raj et le Père Ceyrac, qui luttent depuis des années pour améliorer les conditions économiques et sociales des intouchables. Le Père Antony Raj s'est réellement battu auprès du gouvernement indien, de l'Eglise catholique, de la hiérarchie de l'Eglise, pour défendre l'égalité et la justice sociale en faveur des dalits. C'est vraiment un chef des chrétiens dalits en pays Tamoul.
Depuis longtemps, les dalits sont des exclus. Ils sont exclus de tout : de la vie sociale, de la vie politique de l'éducation. Les dalits sont interdits d'accès aux écoles. Ce sont les Anglais, qui les premiers, ont ouvert des écoles pour les dalits. Quelques accès ont été maintenus, mais les dalits restent très pauvres. Ils n'ont de toutes façons pas les moyens d'acheter de livres pour étudier. Un centre comme le D.A.C.A. permet d'aider financièrement les dalits, en leur offrant l'hébergement, et la formation : c'est un très projet magnifique !"

 

2. Quel est ton propre parcours et ton regard sur le système des castes en Inde ?

 

"Moi-même, Alponse Manicham, je suis né en pays Tamoul, dans un petit village de dalits chrétiens, où vivait une quarantaine de familles. Je suis un des rares et le premier de ma famille à avoir poursuivi des études. Jusqu'à l'âge de 15 ans, je marchais chaque jour deux kilomètres, matin et soir, pour aller à l'école. A cette époque, je ne côtoyais que des dalits. Ensuite, à 16 ans, je suis parti à Cudalore, près de Pondichéry, pour suivre des études supérieures. J'étais alors pensionnaire dans un foyer. Puis, j'ai rejoint la communauté jésuite.
Actuellement sur Paris, je termine un doctorat d'histoire à la Sorbonne, portant sur la mission jésuite à Madurai. Je m'interroge sur la question suivante : quelle a été l'approche et la démarche des jésuites français, face à l'intouchabilité et au système des castes en pays Tamoul, au 19ème et 20ème siècle.
Depuis 1837, les jésuites français ont fait beaucoup d'efforts pour élever la condition des intouchables dans le domaine de l'éducation, notamment. En 1970, ils ont favorisé la création d'un mouvement dalits, afin de faire prendre consciences aux intouchables qu'ensembles ils seraient en mesure de défendre leur dignité. En effet, c'est l'unité des dalits qui fait leur force face aux discriminations dont ils sont victimes. La simple existence de ce mouvement est un succès !
Depuis 10 ans, les intouchables, eux-mêmes, sont très contents d'être appelés dalits et non intouchables. Pourquoi? Il n'y a personne qui est intouchable.
- Nobody wants to be called untouchable. The untouchables are like anybody. They have the future, like other people, they have the talents, they have the beauty. -
La lutte des dalits, aujourd'hui, est avant tout une lutte pour la dignité humaine et ensuite seulement une lutte, dont l'objectif est de réaliser l'égalité et la justice sociale. Car les dalits ne sont pas traités comme des êtres humains dans la société indienne aujourd'hui. Cette lutte passe certainement par l'éducation."

 

3. La conversion est-il le moyen d'échapper au système des castes ?   Aller en haut de la page

 

"Les dalits se sont convertis de la religion hindoue, à la religion chrétienne pour accéder à l'égalité. Dans l'Indouisme, il n'y a pas de possibilités d'ascension sociale. C'est ce qui explique que 70% des chrétiens sont des dalits. On s'est converti en espérant accéder à l'égalité. Toutefois, l'église chrétienne a prêché contre cette inégalité, sans réussir pour autant à bâtir une communauté chrétienne où les hommes soient égaux. La raison est simple. Après la conversion, ce sont les mêmes individus, avec la même pensée hindoue. En changeant de religion on ne change pas sa mentalité. La façon de penser d'un indien se réfère toujours à la caste. En inde, chacun est né dans une caste, celle de ses parents. Il est impossible de sortir de cette caste, où on l'on est né, même au-delà de la mort. C'est très difficile pour un indien de changer sa mentalité de caste. Il y a des indiens convertis au sithisme, au bouddhisme, à l'islam, au christianisme. Pourtant, dans chacune de ses religions la pensée indienne perdure, et avec elle la discrimination et le système des castes. Ainsi, à la messe, il y a quelques années les hautes castes siégeaient tout proche de l'autel, tandis que les dalits se tenaient au fond ou hors de l'église. La situation s'est bien améliorée depuis, sans que pour autant la discrimination disparaisse. Pour les mêmes raisons un mariage entre un homme et une femme aura toujours lieu au sein de la même caste, quelle que soit la religion. Ainsi, si une jeune fille chrétienne ne trouve pas à épouser un garçon chrétien issu de la même caste, elle épousera plutôt un hindou ou un bouddhiste de sa caste. Pour un indien, la caste est plus importante que la religion.
Afin d'être plus clair, je vais vous donner un exemple. Si je prends mon cas, je suis prêtre jésuite et professeur d'histoire, dans une université très réputée de Madras : "Loyola Collège " (cinquième université indienne). J'évolue parmi des indiens de castes supérieures et pourtant à leurs yeux je reste dalit. On me regarde comme un dalit. Pour la société indienne, un dalit est toujours un dalit. Un brâmane très pauvre, incapable de s'assumer financièrement, sera mieux respecté qu'un dalit bien éduqué, avec une bonne situation et une belle maison. Voilà : c'est la société indienne! "

 

4. A quoi reconnaît-on un indien dalit d'un autre indien ?

 

"En ville, en croisant quelqu'un extérieurement, il est très difficile de savoir à quelle caste il appartient. En revanche, au sein d'un même quartier, d'une entreprise, tout le monde se connaît. Les familles brâmanes vivent à côtés les unes des autres. Quant aux zones rurales, les discriminations y sont encore plus vives, car tout le monde connaît l'appartenance de chacun."
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